Avec Mélanie Guay, j'ai eu le bonheur d'écrire « Les sentiments malhabiles », une chanson pour Petula Clark. Mélanie a parfaitement mis en musique ces paroles qui me tenaient particulièrement à cœur.
Vous êtes beaucoup à vous poser une question simple : « Comment écrire une chanson ? ». J'ai donc décidé de réaliser une série d'articles / entrevues avec des paroliers, des compositeurs et des poètes, afin de découvrir les secrets de chacun et mieux comprendre le processus créatif qui permet d'arriver à ce but : faire naître une chanson.
D'où viennent ses mélodies ? Part-elle des paroles ou de la musique ? Qu'est-ce qui change quand on écrit pour un autre artiste ? Et surtout, quels conseils donner à ceux qui veulent apprendre à écrire des chansons ? Entrevue 100 % créative avec Mélanie Guay.
« Je cherche toujours ce moment où les mots et la musique deviennent indissociables. »
— Mélanie Guay
Comment trouves-tu l’idée de départ d’une mélodie ?
Souvent, ça vient de façon assez inconsciente. Je peux me surprendre à fredonner une mélodie sans même avoir réalisé qu’une idée était en train de naître. Quand je pars d’un texte qu’un auteur m’a soumis, je vais d’abord écouter la rythmique des mots, ce qu’ils racontent, l’émotion qu’ils dégagent. Ça me donne souvent une direction musicale assez naturellement.
Je suis beaucoup dans l’instinct. Parfois, c’est simplement un intervalle entre deux notes, un mouvement mélodique qui vient chercher une émotion particulière, qui donne du lyrisme à une phrase ou qui fait ressortir certains mots. J’aime aussi partir du refrain, trouver le hook principal, autant dans les mots que dans la mélodie. Mais surtout, j’essaie de ne pas trop me poser de questions au départ. Je laisse venir ce qui vient. Le travail arrive après.
Avec les années, j’ai aussi appris à reconnaître les états d’esprit qui favorisent ma créativité. Quand j’ai de l’espace dans ma tête, quand je suis en voiture ou dans un moment où mon esprit peut vagabonder, les idées arrivent souvent toutes seules. Je pense que ça fait aussi partie du métier de créateur : apprendre à se connaître pour savoir dans quelles conditions notre créativité s’exprime le mieux.
Peux-tu expliquer ton processus de création en fonction de la situation ? Tu reçois les paroles d’abord ou tu fais la musique en premier ?
Ça dépend vraiment des projets. Je n’ai pas une seule façon de composer. Si je reçois un texte d’un auteur, je vais d’abord m’imprégner des mots et de leur rythmique. Souvent, la façon dont les mots se placent naturellement me donne déjà une bonne indication de la direction musicale à prendre.
Si je pars de mes propres idées, je peux avoir une phrase, un bout de mélodie ou une idée de refrain. Parfois, quelques mots vont déclencher une mélodie, et cette mélodie va ensuite m’aider à développer le reste du texte. Les deux se nourrissent beaucoup l’un l’autre.
Et quand il s’agit d’une commande ou d’un projet précis, il faut évidemment tenir compte de la direction artistique recherchée. Mais peu importe le point de départ, je cherche toujours ce moment où les mots et la musique deviennent indissociables, où on a l’impression qu’ils ont été créés ensemble.
C’est quoi le plus difficile dans l’écriture d’une nouvelle chanson ?
La terminer ! (rires) Pour moi, l’élan du début est souvent la partie la plus spontanée. Une idée arrive comme un éclair, avec une énergie particulière, et tout semble couler naturellement. Le défi, c’est de réussir à capter le maximum de cet élan créatif pendant qu’il est là. Parce qu’après, il faut travailler la chanson, la développer, trouver ce qui manque, faire des choix. Et ça, ça peut demander beaucoup plus de temps.
Il y a même des chansons qui peuvent prendre des années à se terminer. Parfois, ce n’est pas nécessairement une question de technique. C’est qu’il manque une expérience, quelque chose qu’on doit encore vivre, ou simplement un certain état d’esprit pour être capable d’aller au bout de la chanson. Je trouve ça fascinant, parce que certaines chansons ont presque leur propre rythme de maturation.
Écrire pour un autre artiste que soi-même, qu’est-ce que ça change ?
Ça change beaucoup de choses, parce qu’il faut être capable d’entrer dans l’univers artistique de quelqu’un d’autre. Il faut comprendre ce que cet artiste a envie de raconter, ce qu’il est capable d’exprimer, mais aussi comment il chante. Je vais tenir compte de sa personnalité artistique, de sa façon de livrer les mots, de sa tessiture et de ses possibilités mélodiques.
Ce n’est pas simplement écrire une bonne chanson. C’est écrire une chanson qui va lui ressembler et dans laquelle il va pouvoir se reconnaître. Il faut presque se mettre dans sa peau, tout en apportant notre propre créativité. Et je trouve que c’est justement ce qui rend le travail de collaboration intéressant : on sort de notre propre univers pour aller à la rencontre de celui d’un autre artiste.
Le mot de David : c’est exactement ce que nous avons vécu avec « Les sentiments malhabiles ». Écrire pour Petula Clark, c’était chercher, à deux, des mots et une mélodie à la mesure de sa voix et de son histoire.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut apprendre à écrire des chansons ?
D’abord, écrire, écrire, écrire ! L’écriture, c’est comme un muscle. Plus on écrit, plus on développe son instinct, ses réflexes et sa capacité à transformer une idée en chanson. Je conseillerais aussi d’écouter énormément de musique, d’analyser les chansons qu’on aime et d’essayer de comprendre pourquoi elles fonctionnent. Qu’est-ce qui nous touche ? Est-ce la mélodie, les mots, le refrain, l’émotion ?
Mais je pense qu’une des choses les plus importantes, c’est d’apprendre à se connaître et de faire confiance à son instinct. Et surtout, quand on écrit une chanson, il faut y croire ! Il faut presque avoir l’impression qu’on est en train d’écrire la meilleure chanson au monde. Pas par prétention, mais parce que cette conviction nous permet d’aller chercher quelque chose de fort, de nous abandonner complètement à l’idée.
Je crois beaucoup à l’énergie qu’on met dans une chanson. Si on arrive à capter une émotion, une énergie qui nous fait vibrer profondément, il y a de bonnes chances que les gens la ressentent aussi. Et il ne faut pas avoir peur d’écrire de moins bonnes chansons. Elles font partie du chemin. Chaque chanson nous apprend quelque chose et nous rapproche de la prochaine.
Ce que je retiens de cette rencontre
Ce que je retiens, en tant que parolier : la mélodie naît souvent de l’écoute des mots, de leur rythme et de leur musicalité, qu’on néglige parfois un peu trop.
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