Comment écrire un bon refrain ? C'est tout le défi des paroliers et des compositeurs. Comment inventer cette partie de la chanson que l’on va fredonner sous la douche, reprendre en chœur en concert et qui va rester dans notre tête pendant des jours !?
C’est souvent le refrain qui fait qu’une chanson devient un succès… ou pas. Pour écrire un bon refrain, il n'y a pas de recette miracle évidemment, mais on peut malgré tout avoir une certaine méthodologie pour essayer d'atteindre le résultat escompté. Voici quelques conseils que j’applique depuis des années comme parolier, et que je partage avec les élèves que j'accompagne dans mes séances de coaching. Si vous débutez, commencez par lire mon guide complet Comment écrire une chanson : la méthode d’un parolier professionnel, puis revenez ici pour vous concentrer sur le refrain.
Soyez capable de résumer votre chanson en une phrase
Être capable de résumer sa chanson en une seule phrase est une excellente façon de trouver son refrain, ou du moins le sujet de son refrain. Dans la grande majorité des cas (il y a, comme toujours, des exceptions), le refrain est l’ADN de votre chanson : le message principal, l’idée la plus forte. Si vous n’êtes pas capable de résumer votre chanson en une phrase, le sens de votre refrain risque de rester flou.
Exercice concret : écrivez sur une feuille « Ma chanson parle de… » et complétez en quelques mots seulement. … de la nostalgie ? … de l’incommunicabilité dans nos sociétés modernes ? … de mon grand-père ?
C’est une façon très pratique d’identifier le thème de votre chanson et donc, très souvent, celui de votre refrain. Vous ne savez pas encore de quoi parler ? Lisez 5 façons de trouver le sujet d’une chanson.
Faites le tri dans vos paroles
Quand on écrit les paroles d’une chanson, il est rare de suivre l’ordre chronologique : premier couplet, deuxième couplet, refrain, troisième couplet, pont… C’est exactement comme au cinéma : la première scène du film a pu être tournée le dernier jour du tournage. C’est au montage que l’ordre des scènes est définitivement fixé.
Pour les paroles, c’est la même chose. Il m’arrive très souvent de commencer par un bout de texte qui se retrouvera, une fois la chanson terminée, tout à la fin. Quand on écrit un nouveau texte, on couche ses idées sur une feuille (ou un écran) de façon désordonnée. L’essentiel est de ne surtout pas se censurer et de faire un vrai remue-méninges, afin d’avoir ensuite de la matière à travailler. Les grands auteurs ne font pas autrement : Charles Trenet a griffonné La Mer sur du papier toilette, face à un étang ! Et si rien ne vient, voici 5 conseils pour vaincre le syndrome de la page blanche.
Pour poursuivre le parallèle avec le cinéma, toutes ces idées éparses qui s’accumulent sur nos brouillons sont nos rushes. Il faut ensuite faire le tri.
C’est à cette étape que le parolier choisit ce qui deviendra son refrain. Avec en tête le sujet principal de sa chanson, comme nous venons de le voir, il sélectionne les paroles qui en résument le mieux le message. Le reste servira à construire les couplets. Pour savoir comment les organiser, consultez l’étape « Comment structurer votre chanson » de mon guide pour écrire une chanson. Comme toujours, il n’existe pas UNE méthode pour écrire des chansons.
Mettez le titre dans le refrain
Dans la plupart des chansons populaires, le titre est chanté dans le refrain, souvent dès la première ou la dernière ligne. Que je t’aime, Emmenez-moi, Milord, La Bohème… L’auditeur retient le titre et peut retrouver la chanson. Ce n’est pas une règle absolue, mais si votre titre n’apparaît nulle part dans votre refrain, demandez-vous pourquoi. Je traite de ce point dans l’étape « Quand choisir le titre de sa chanson » de mon guide complet.
Pensez à la chantabilité du refrain
Dans beaucoup de chansons, et c’est particulièrement vrai en pop et en variété, c’est le refrain que l’on retient le plus, car c’est lui qui porte la mélodie la plus forte. Au Québec, on parle de « ver d’oreille » pour désigner une ligne mélodique qui nous rentre dans la tête et dont on a du mal à se débarrasser.
Vous devez donc prendre ce paramètre en compte quand vous écrivez votre refrain, ou quand vous choisissez quelle partie de votre brouillon deviendra votre refrain. Même si vous n’êtes pas chanteur, lisez votre refrain à voix haute ou chantez-le, et écoutez comment il sonne. Si vous travaillez avec un compositeur ou directement avec l’interprète, n’hésitez pas à lui soumettre votre refrain pour avoir son avis. Vous pouvez aussi faire relire vos paroles par un parolier professionnel
Choisissez les bonnes voyelles
On dit souvent que la ligne mélodique est moins forte dans les couplets. Cela signifie qu’on garde en général les mélodies au plus fort potentiel pour le refrain, et cela passe très souvent par des notes plus longues et par le choix de certaines voyelles plutôt que d’autres.
En français, les sons « a », « o », « an » ou « on » tiennent très bien sur une note longue, ce qui est moins vrai des sons « i » et « u ». Attention aussi au « e » muet en fin de vers : il se chante ou il s’élide, c’est à vous de décider (ou au compositeur). Ce travail sur les sonorités rapproche d’ailleurs le parolier du poète. J’en parle dans Les paroles des chansons sont-elles de la poésie ?
Prenez Que je t’aime de Johnny Hallyday. Quelle partie retient-on le plus facilement : les couplets, ou les « Que je t’aime » étirés à n’en plus finir dans le refrain ? Faites le même exercice avec Emmenez-moi de Charles Aznavour. Comparez la mélodie du couplet et celle du refrain : la seconde est plus allongée, tandis que celle des couplets est plus saccadée. C’est ce contraste qui rend le refrain encore plus fort.
Jouez avec les répétitions
Un refrain se répète plusieurs fois dans une chanson, parfois à l’identique, parfois avec des variations dans le texte. Mais en général, la ligne mélodique reste la même. Si vous ne chantez le refrain qu’une seule fois, vous passez à côté de l’intérêt de la répétition : ancrer la mélodie dans la tête de l’auditeur. C’est une sensation très agréable de retrouver un refrain mélodieux après les couplets. Quand Édith Piaf lance son « Aaaaaaallez veeeeeeeenez Milord ! », c'est très libérateur et on a immédiatement envie de chanter en choeur avec la môme Piaf. C'est ce genre de sensation qu'un bon refrain doit provoquer.
Faites des variations
Si la mélodie du refrain reste la même, ce n’est pas forcément le cas des paroles. Très souvent, on peut créer des variations en changeant quelques mots. L’exemple le plus marquant est sans doute La Bohème de Charles Aznavour (paroles de Jacques Plante). Le refrain repose sur une formule fixe : la bohème, ça voulait dire…
1) On est heureux
2) Tu es jolie
3) On a vingt ans
La fin de la phrase change à chaque passage : le bonheur malgré la faim, puis la beauté et le génie, puis la jeunesse et ses vingt ans. Et au dernier refrain, la formule bascule au présent : le mot ne veut plus rien dire du tout.
Les variations cassent la monotonie qu’engendre parfois la répétition des mêmes mots. Bien utilisées, elles font même avancer l’histoire jusqu’au dernier refrain.
À lire : Les paroles de la Bohème ne sont pas de Charles Aznavour
En résumé, un bon refrain naît d’une idée claire, que l’on peut résumer en une phrase. Il se choisit au moment du tri, se chante facilement et se répète juste assez pour s’ancrer dans la mémoire, quitte à varier quelques mots pour surprendre.
Mais la théorie ne remplace pas la pratique : prenez votre brouillon, appliquez ces conseils un par un, puis chantez votre refrain à voix haute. Pour aller plus loin, téléchargez mon ebook gratuit « 10 techniques de pro pour écrire des paroles de chansons » ou réservez votre bilan gratuit de 30 minutes : nous travaillerons ensemble votre refrain.