Comment écrire les paroles d'une chanson : la méthode d'un parolier professionnel

Publié le 11 octobre 2026 à 04:53

Comment écrire une chanson ? Comment inventer des paroles qui touchent, des paroles à la fois personnelles et universelles ? Ce sont des questions bien légitimes auxquelles il n'est pas forcément aisé de répondre. Pourquoi ? Eh bien tout simplement car écrire une chanson, ce n'est pas exactement la même chose (doux euphémisme) que de résoudre une équation mathématique. Il n'y a pas une seule réponse qui soit la bonne, mais une infinité !

Cela dit, il existe quand même des règles implicites et des techniques d'écriture qui permettent de débloquer sa créativité et de structurer son travail.

Je vous propose donc ce petit guide à l'intention des aspirants paroliers, des compositeurs qui veulent ajouter à leur arc la corde de l'écriture, et de tous ceux qui veulent enfin chanter leurs propres mots, et ne pas se contenter de faire des reprises de chansons existantes.

David Nathan, coach en écriture de paroles de chansons

Un mot sur moi

Il y a des profs de guitare, de piano, des profs de chant, de composition musicale... j'ai pour ma part le plaisir d'être accompagnateur en écriture de paroles de chansons (coach pour les amateurs d'anglicismes). En tant que parolier professionnel, j'ai eu le privilège d'écrire des textes pour des artistes comme Garou, Lynda Lemay, Roch Voisine, Bruno Pelletier, Petula Clark, Renée Martel, Jérémy Chapron, Yama, gagnante de l'émission La Voix (la version québécoise de The Voice), ou encore pour les Kids United.

À travers toutes ces collaborations professionnelles, j'ai appris à travailler avec les compositeurs, les artistes, mais aussi avec les autres paroliers car parfois, l'écriture se fait à quatre mains.

L'exercice était évidemment à chaque fois différent. Il fallait parfois écrire les paroles avant la musique, parfois après et parfois, en même temps ! Il y a eu des textes « sur commande » avec une sorte de « cahier des charges » artistique très précis à respecter, mais parfois c'était au contraire une carte blanche qui m'a été donnée. Les thèmes pouvaient aller du plus léger au plus profond ; le ton adopté pouvait être humoristique ou au contraire sérieux.

Bref, vous l'avez compris, quand on est parolier, chaque jour est différent. On fait du sur-mesure pour les artistes à l'instar d'un couturier qui travaille sur un modèle unique plutôt que de faire du prêt-à-porter.

Passons aux choses sérieuses et revenons à la question initiale : « Comment écrire des paroles de chanson ? ». Je vous partage ici ma méthode (il en existe des tas d'autres évidemment), les outils que j'utilise parfois, mes astuces, mes conseils pour éviter les pièges de l'écriture et pour dépasser les blocages qui nous freinent (coucou le syndrome de la page blanche !). Le but est de vous permettre de libérer votre créativité et de laisser la plume au parolier qui dort peut-être en vous et qui ne demande qu'à être réveillé et accompagné.

Pour ceux qui préfèrent un accompagnement personnalisé à la lecture d'un guide écrit, sachez que j'offre des séances d'accompagnement personnalisées par visio. Réservez ci-dessous votre bilan gratuit de 30 minutes pour qu'on parle de votre projet d'écriture.

Garou, Lynda Lemay, Roch Voisine, Kids United, autant d'artistes avec lesquels David a collaboré

Étape 1 : trouver le thème de votre chanson

Avant d'aborder la question de savoir comment trouver le thème de votre chanson, je tiens à préciser qu'il est tout à fait possible de ne pas connaître le sujet dont on va parler et de se lancer directement dans l'écriture de ses paroles.

C'est la même chose qu'en littérature finalement, et c'est surtout une question de personnalité. Certains romanciers se lancent dans l'écriture sans préalable et trouvent l'inspiration au fil des pages, ne sachant pas à l'avance ce dont ils vont parler. D'autres au contraire aiment avoir une idée très précise, un plan, et ne se mettent à écrire que quand ils ont finalisé toute la structure narrative de leur roman, du premier au dernier chapitre.

Comment répondre à l'angoissante question « De quoi va parler ma chanson ? »

Quand on décide d'écrire un texte sans avoir déterminé au préalable ce dont il va parler, on passe immanquablement par la phase qui consiste à se poser à soi-même la question suivante : « De quoi va parler ma chanson ? ».

Et soyons honnêtes, la ou les réponses ne se bousculent généralement pas au portillon. On fait alors face à une grande angoisse qui nous saisit l'âme et le syndrome de la page blanche, que nous évoquerons en bonus à la fin de ce guide, pointe le bout de son museau. Quel est le thème de votre chanson ? La réponse doit venir de VOUS.

Avez-vous un GPS ?

Pour évoquer cette phase de recherche du thème, qui peut être très décourageante, j'aime bien prendre l'image du conducteur et de son GPS. 

Si vous prenez votre voiture, c'est que vous avez une bonne raison de le faire. Aller chercher les enfants à l'école, se rendre au travail, partir en vacances… il y a toujours une motivation qui vous pousse à vous asseoir derrière le volant de votre véhicule. Évidemment, quand vous connaissez le trajet, vous n'avez pas besoin de GPS. Il n'en demeure pas moins vrai que vous avez en tête une destination à atteindre.

Pensez à ça : combien de fois avez-vous pris le volant sans savoir au préalable où vous alliez ? C'est plutôt rare. Pour une chanson, c'est la même chose : le sujet de votre chanson, c'est en quelque sorte votre destination. Tant que vous ne l'avez pas entrée dans votre GPS, vous prenez le risque de tourner en rond, autrement dit, d'aller nulle part.

Je vous en ai parlé plus haut, certains auteurs et paroliers prennent leur stylo et commencent à écrire sans savoir exactement ce dont ils vont parler. Mais cette façon de faire est très peu utilisée par les paroliers inexpérimentés.

Schéma de la structure couplet refrain pont d’une chanson

La technique des 3 questions

Je conseille donc aux débutants, avant de se lancer dans l'écriture, de réfléchir au thème de leurs paroles et de se poser ces trois questions simples :

  • De quoi ai-je ENVIE de parler ?
  • Ai-je un MESSAGE à transmettre ?
  • POURQUOI est-ce que je veux écrire ces paroles ?

Ne vous mettez surtout pas la pression. Vous n'avez peut-être pas une réponse précise à ces questions, et c'est tout à fait normal. Le but n'est pas d'avoir immédiatement les réponses, mais bien d'initier la réflexion qui en l'occurrence est une introspection. Vous devez ouvrir le dialogue avec vous-même.

Sachez aussi qu'il n'y a pas de bonne réponse ni de réponse unique à chacune de ces trois questions. Notez toutes les réponses qui vous viennent en tête, tous les messages que vous souhaitez transmettre.

Aujourd'hui, quand on a des questions, on a tendance à se précipiter sur son IA préférée et à lui demander de nous apporter des réponses toutes faites. Malheureusement, si l'IA est un formidable outil qu'on peut bien évidemment utiliser dans le processus artistique, je déconseille fortement de faire appel à elle pour cette phase, tout simplement, parce qu'une IA n'est pas vous. Elle vous connaît, oui, elle a des tas d'informations sur vous, mais elle n'est pas vous et elle est totalement détachée de ce que vous ressentez à l'intérieur.

La méthode « PASDRÉZO »

Pour revenir à vous-même, à ce que vous ressentez, le plus simple est de créer un environnement au sein duquel vos pensées vont être entièrement dirigées vers votre but : trouver le thème de votre chanson.

Et le plus simple pour parvenir à ça, c'est de couper les nombreuses sollicitations extérieures qui vous assaillent.

  • Mettez votre téléphone, votre tablette sur le « mode avion » ;
  • Coupez l'accès internet de votre ordinateur ;
  • Installez-vous dans un endroit calme ou alors avec un bruit de fond qui ne va pas capter votre attention (dans un jardin, un parc, face à la mer, ou simplement sur votre canapé, dans votre salon, mais en ayant pris soin de couper les chaînes d'info !)

Vous êtes prêt ? C'est parti !

Ne faites qu'une seule chose : RIEN. N'essayez pas de penser au sujet de votre chanson, ça ne sert à rien pour le moment puisque ce thème… vous ne l'avez pas encore trouvé.

Autorisez-vous à ne PAS penser. Vous verrez, votre cerveau va forcément se mettre à penser malgré tous vos efforts. Si vous avez déjà essayé de méditer, vous le savez sûrement déjà, ne penser à RIEN du tout est quasiment impossible. Il y a toujours des idées, des pensées qui traversent notre esprit, quand bien même nous essaierions de toutes nos forces de les empêcher de se former.

Et c'est exactement ce que l'on cherche. On essaye de laisser émerger les pensées, sans les juger, ni les retenir. Gardez sous la main un carnet et notez ce qui vous semble pertinent : un souvenir, une phrase entendue, une image, un sentiment de colère ou de joie immense, un visage. Au bout de vingt minutes environ, fermez le carnet et faites autre chose. Quelques heures plus tard, relisez vos notes. Très souvent, un sujet revient plusieurs fois, mais sous des formes différentes. C'est peut-être lui, le thème de votre chanson. Sinon, recommencez cet exercice. C'est un travail absolument primordial quand on écrit des paroles de chanson et qu'on n'a pas l'idée du sujet à traiter.

Techniques pour trouver l'inspiration quand on écrit des paroles de chansons

Comment trouver l'inspiration ?

Il est possible d'écrire les paroles d'une chanson sur absolument n'importe quel sujet. Voici deux méthodes pour trouver des thèmes et stimuler votre inspiration. L'une est tournée vers votre vécu, l'autre est au contraire tournée vers le vécu des autres.

1) Puisez dans votre vie

Ce qui est personnel est universel dit-on souvent. C'est très juste. Les sentiments humains sont par définition partagés par tous. Utilisez votre passé, votre vie (même si vous êtes encore très jeune) pour chercher des idées de thèmes. Repensez aux moments où vous avez ressenti une émotion forte : votre première rupture ou la première fois où vous êtes tombé en amour. La naissance d'un enfant, un neveu ou bien la perte d'un être cher, une injustice dont vous avez été témoin, une fierté personnelle que vous aimeriez partager.

2) Observez la vie des autres

Les sujets de chansons sont partout autour de vous, il suffit parfois d'ouvrir l'œil. Devenez chroniqueur de la vie, une sorte de journaliste d'investigation qui traduit en mots les sentiments, la vie des autres. C'est parce qu'il n'aimait pas la période d'achat des cadeaux de Noël qu'Alain Souchon a écrit Foule sentimentale, pour dénoncer la société de consommation. Il a observé et il a retranscrit son dégoût en mots.
Quand Serge Gainsbourg écrit Le Poinçonneur des Lilas, il se « contente » de raconter la vie de cet homme dont le métier le condamne à vivre sous terre. Que cet homme ait réellement existé ou pas, c'est une autre question, mais peu importe après tout. Les poinçonneurs existaient bel et bien au moment où Gainsbourg a écrit cette chanson et n'importe quel parolier pouvait donc se servir de ce matériau brut pour en faire une chanson. Le thème importe peu finalement. Ce qui compte c'est surtout l'angle qui est adopté par le parolier. SON regard. Donc VOTRE regard.

Pour l'anecdote, Charles Trenet a écrit les paroles de La Mer... en regardant un lac. C'est le mentir-vrai du parolier...

Il existe des dizaines de façons, de méthodes pour structurer les paroles d'une chanson. Je vous expose ici la façon dont je travaille, mais celle-ci ne correspondra pas à tous les profils de paroliers. Pour savoir quelle est la bonne méthode, il faut tester, expérimenter, la réponse viendra de votre expérience.

Étape 2 : comment structurer votre chanson

Rassembler le maximum de matière brute

Avant de parler de structure, il convient de rassembler assez de matériaux bruts à partir desquels on va pouvoir travailler. Dans l'étape précédente, nous avons évoqué quelques pistes pour trouver l'inspiration, le thème de la chanson.

Une fois que le thème a été choisi, il va falloir écrire, produire ce que j'appelle la matière brute. On ne parle pas encore de vers respectant une métrique carrée, ni de rimes. La matière brute, ce sont les mots qui vous viennent à l'esprit quand vous pensez au thème de votre chanson. Ça peut être des expressions, des noms propres, des sentiments, des notions très abstraites ou au contraire d'une précision micro-chirurgicale.

Imaginons que vous adoriez les chevaux et que vous ayez envie de rendre hommage à ce noble animal dans une chanson. Posez-vous face à une feuille blanche (de papier ou de traitement de texte), fermez les yeux et pensez à tout ce qu'un cheval vous évoque.

  • La liberté ;
  • Le tiercé ;
  • La légende de Seabiscuit ;
  • Une balade équestre ;
  • Des sabots, une crinière ;
  • « lourd comme un cheval mort » : extrait des paroles de la chanson Que je t'aime interprétée par Johnny Hallyday et écrites par Gilles Thibaut ;
  • Un tour de manège sur un cheval en bois quand vous étiez enfant…

Vous voyez où je veux en venir ? Il faut faire ce que les Québécois appellent joliment un « remue-méninges » (brainstorming en anglais). Laissez votre esprit divaguer, fermez les yeux au besoin et imaginez un cheval. Vous verrez que naturellement, votre esprit va faire des associations d'idées, des ponts entre les images, les mots et les sentiments. C'est comme ça que vous allez produire votre matière brute à partir de laquelle vous allez pouvoir travailler.

Trier et choisir une histoire

Une fois que vous avez rassemblé cette matière brute (qui peut parfois remplir des pages entières), vous allez devoir faire un double travail : un travail d'association des idées et des mots et un travail d'élagage. Il faut commencer à trier et à regrouper par thème, sous-thèmes les différents éléments que vous avez trouvés.

Petit à petit, vous allez avoir une idée beaucoup plus précise de l'histoire que vous voulez raconter et de l'angle que vous avez envie de choisir pour la raconter.

Allez-vous écrire une chanson sur un cheval avec les yeux d'un enfant qui fait sa première séance d'équitation ? Les yeux d'un jockey qui enchaîne les courses hippiques avec son pur-sang ? Les yeux d'un cheval contraint de transporter toute la journée des touristes dans le Vieux-Montréal ?

L'angle que vous allez adopter va influer directement sur la structure que votre texte va prendre. Essayez plusieurs options et choisissez celle qui vous correspond le plus. C'est de cette façon que vous allez pouvoir trouver la manière de raconter l'histoire.

Travailler le rythme et l'équilibre

Une fois que vous avez votre thème et l'angle de votre histoire, il faut se pencher sur le rythme et l'équilibre de celle-ci.

L'équilibre

Concrètement, ça veut dire faire en sorte que l'histoire que vous racontez soit bien dosée. Si vous racontez par exemple l'histoire d'un monsieur de 90 ans qui se souvient de son premier tour de manège sur un cheval en bois, il va falloir équilibrer les différents couplets. Si vous avez quatre couplets dans votre chanson, en utiliser trois pour parler de ce monsieur à l'âge de ses 90 ans et un seul pour évoquer son enfance est peut-être un poil déséquilibré. L'inverse le serait également.

Écrire les paroles d'une chanson s'apparente souvent à l'art culinaire. On teste, on goûte, on essaye des choses et on voit ce que ça donne. Trop sucré ? Trop salé ? On rectifie et on change les proportions ou les ingrédients jusqu'à ce que l'on soit satisfait du résultat final.

Le rythme

Le rythme doit aussi être pris en considération. Le rythme des phrases, leur longueur, mais aussi le rythme imposé par la structure : le refrain est-il répété deux fois seulement ? Revient-il au contraire après chaque couplet ? Est-il absent comme dans la chanson Et dans 150 ans de Raphaël ? C'est une fois de plus VOTRE sensibilité, votre regard qui va entrer en jeu et trancher.

Couplet, refrain, pont : à quoi sert chaque section ?

Revenons un instant aux fondamentaux. Une chanson est constituée de plusieurs sections ayant chacune un rôle bien précis. 

Les couplets servent à raconter l'histoire. Chaque nouveau couplet permet donc d'apporter un nouvel élément, une information, on pourrait dire qu'il représente une étape de plus dans l'histoire que l'on raconte. Notez qu'il existe des chansons dans lesquelles les couplets sont répétés à l'identique, mais ce n'est pas la majorité des cas. 

En règle générale, les couplets partagent la même mélodie, donc la même métrique (le nombre de pieds par vers). Si votre premier couplet compte huit vers de huit syllabes, les suivants seront très souvent construits sur le même gabarit.

Le pré-refrain (qui est facultatif) est un passage de quelques vers qui sert à « faire monter la tension » ou à préparer comme son nom l'indique l'envolée du refrain. C'est une sorte de rampe de lancement.

Le refrain, c'est le cœur de votre chanson, son ADN, c'est lui qui contient le message principal de votre chanson (mais une fois de plus, pas de façon systématique). C'est aussi souvent la ligne mélodique la plus forte de la chanson. C'est ce que les auditeurs vont fredonner sous la douche ou chanter à tue-tête dans leur voiture.

Le refrain porte donc l'idée centrale, l'émotion principale. Il revient généralement plusieurs fois dans la chanson, avec les mêmes mots (ou une variation minime). Gardez donc en tête que chaque mot doit compter et être choisi avec le plus grand soin. C'est très souvent le titre de la chanson. 

Le pont arrive généralement après le deuxième refrain. Il sert à apporter une rupture : un changement de point de vue et peut ajouter une révélation. Musicalement aussi, il casse souvent la progression harmonique entendue précédemment. Son rôle est donc d'éviter un sentiment de lassitude et nous aide à repartir encore plus fort vers le dernier refrain.

La structure la plus courante est la suivante : couplet / refrain / couplet / refrain / pont / refrain. Mais ce n'est pas une loi absolue, loin de là ! On l'a vu avec Raphaël : certaines chansons n'ont pas de refrain, d'autres pas de pont. Certaines n'ont même pas de rimes. 

Pour chaque section, demandez-vous ce qu'elle apporte. Si la réponse est « rien », elle peut sûrement être réécrite… ou carrément supprimée.

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Étape 3 : L'importance des mots, des images et du niveau de langue

Un texte de chanson francophone, c'est, en moyenne, 250 à 300 mots. Autant dire que ce n'est pas beaucoup. Il convient donc de choisir avec précision les mots que l'on va utiliser dans notre texte.

Choisir les bons mots

Il arrive souvent que l'on passe des heures à chercher le bon mot, la bonne rime. C'est tout à fait normal. Un parolier travaille comme un artisan et débusque avec minutie les mots qui sont les plus appropriés à ce qu'il veut dire, à l'image qu'il veut créer. Ce processus peut prendre du temps et c'est une étape nécessaire. On compare un mot à un synonyme de ce mot et on essaye de choisir lequel va le mieux aller, selon le contexte. La sonorité du mot joue aussi un rôle. On peut parfois écrire un texte en quelques minutes et ne rien avoir à changer, mais c'est très rare et la plupart du temps, il faut travailler le texte de nombreuses fois avant d'arriver au résultat escompté. Munissez-vous de dictionnaires : dictionnaire de rimes (il en existe en ligne), des synonymes, des antonymes….

Les images

Si vous n'utilisez les mots et les associations de mots que dans leur sens premier, votre texte risque de manquer de poésie. C'est d'ailleurs souvent pour cette raison que les paroliers qui butent sur un texte font appel à de l'aide. Ils jugent que leur texte est trop « terre-à-terre », manquant d'images fortes, de métaphores originales.

Ce travail de recherche d'images n'est donc pas à prendre à la légère et nécessite de votre part un effort d'imagination, d'audace et de poésie. Prenons un exemple dans une chanson que la plupart des gens connaissent : Ne me quitte pas de Jacques Brel. Dans la chanson, le chanteur-poète évoque des « perles de pluie venues d'un pays où il ne pleut pas ». Cette image des perles de pluie pour parler des gouttes d'eau permet de donner au texte une profondeur et une poésie unique. C'est vers ce genre d'image qu'il faut aller.

Voici un autre exemple d'images finement ciselées. On les trouve dans les paroles de la chanson Tous les cris les SOS de Daniel Balavoine.

Tous les cris les SOS
Partent dans les airs 
Dans l’eau laissent une trace
Dont les écumes font la beauté
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent
Mais les vagues les ramènent
En pierres d’étoile sur les rochers


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Le niveau de langue

Pour écrire des paroles de chanson, il faut choisir un niveau de langue. Cela se fait naturellement et la plupart du temps, on n'y pense même pas. On est un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans même le savoir. Mais avoir conscience du niveau de langue qu'on utilise sert surtout à jouer avec, à apporter volontairement des ruptures, des contrastes.

Si vous adoptez un niveau de langue très soutenu dans tous vos couplets et que vous passez à un niveau de langue plus populaire, plus argotique dans votre refrain, vous allez de facto apporter du contraste à votre texte.

On peut bien évidemment garder le même niveau de langue tout au long des paroles. Les chansons de Renaud sont ainsi presque toutes remplies de verlan, d'expressions d'argot et d'images très fortes.

Étape 4 : Travailler les rimes, le rythme et la chantabilité

Les rimes, le rythme et la chantabilité de vos textes méritent toute votre attention. N'oubliez jamais que si vous êtes parolier, c'est que vos mots sont destinés à être chantés ou, du moins, prononcés à haute voix si vous écrivez du slam par exemple.

Les rimes

Nous n'entrerons pas ici dans une analyse poussée des rimes, mais il faut bien avoir en tête que les rimes induisent et véhiculent une certaine musicalité. Le fait d'entendre le même son se répéter d'un vers à l'autre est très agréable pour l'auditeur. Là encore, il faut essayer différentes rimes et lire à haute voix idéalement pour évaluer la chantabilité des mots, comme nous allons le voir un peu plus loin.

Un conseil : ne sacrifiez jamais le sens à la rime. Si une rime vous oblige à travestir votre propos, trouvez une autre rime. Une rime forcée, ça se sent, et ça s'entend parfois.

Le rythme : syllabes, métrique et prosodie

Dans le monde de la chanson, on ne compte pas les syllabes comme à l'école. Ce qui compte avant tout, c'est le nombre de syllabes telles qu'elles seront chantées. Le « e » muet, par exemple, sera parfois prononcé ou avalé... selon la mélodie. Comme on dit, ça dépend des cas ! C'est l'oreille et la musicalité du résultat qui vont permettre de trancher. Il y a des règles de versification, mais elle demeurent assez souples.

Si vous écrivez les paroles avant la musique, essayez de garder le même schéma (ou gabarit). Imposez-vous par exemple des vers de huit syllabes (octosyllabes) dans les couplets et un autre format dans le refrain. Cette rigueur facilitera grandement le travail du compositeur qui vous dira merci.

Si vous écrivez sur une musique existante, c'est la mélodie qui vous dictera le nombre de pieds à trouver (on parle parfois de piétage). En règle générale, une note, c'est une syllabe. Le réflexe à prendre est de chanter la mélodie en « la la la » (c'est ce qu'on appelle souvent chanter en « yaourt »). Peu importe les mots à cette phase de la création, ce qui compte c'est de noter le nombre de syllabes de chaque phrase et l'emplacement des temps forts.

La prosodie, c’est quand la phrase chantée sonne aussi naturellement que si on la disait à l'oral. C'est quand il y a une harmonie entre les mots et les notes, c'est la musique raconte la même chose que les mots si vous préférez.
En français, l'accent tombe sur la dernière syllabe prononcée du mot ou du groupe de mots : on dit « liberTÉ », pas « liBERté » comme c'est le cas avec des langues comme l'anglais. Si un temps fort de la mélodie tombe sur une syllabe faible, le mot sonnera faux, le chanteur aura tendance à buter et l'auditeur l'entendra sûrement. L'harmonie commence dans les mots. 

Le test le plus simple à faire : scander votre texte à voix haute en tapant les temps dans vos mains. Là où ça accroche, c'est qu'il y a encore du travail à faire.

La chantabilité

« Écris-moi des mots
Écris-moi des mots qui sonnent »

C'est ce que le parolier Luc Plamondon a écrit pour Céline Dion (Des mots qui sonnent) et je partage sa vision des choses. Il y a certaines formulations, certains agencements de mots, certaines combinaisons qui sonnent plus que d'autres. 

Avant de mettre un point final à votre texte, je vous encourage à en vérifier la chantabilité. Soit par vous, soit par un ami qui a un joli brin de voix et qui pourra vous dire si ça se chante facilement ou si au contraire c'est très pénible voire ardu.

Quand vous travaillez avec un interprète, il est très fréquent que celui-ci vous demande de changer un mot, une rime pour des raisons de chantabilité. Une rime se terminant avec le son « u » par exemple impose au chanteur de garder ses lèvres en arrondi alors qu'un son en « a » lui permet d'ouvrir grand la bouche et de pousser la note beaucoup plus fort, plus simplement. C'est le genre de détails auxquels il faut penser quand on écrit des paroles de chanson.

Étape 5 : Relire et savoir couper

« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » écrivait le poète Nicolas Boileau avec justesse. Avant de finir votre texte, relisez-le. Plusieurs fois. Laissez passer un jour ou deux, les choses vont se décanter, et relisez-le à nouveau. Vous verrez, après avoir laissé les mots reposer comme c'est le cas avec du pain, cela fait parfois des miracles.

Autre conseil : n'ayez pas peur de couper. Si vous sentez que votre texte est trop long et que vous pouvez dire la même chose avec moins de mots, faites-en l'économie. La perfection, ce n'est pas quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher, disait justement l'écrivain Antoine de Saint-Exupéry.

Étape 6 : Quand choisir le titre de sa chanson

Je mets volontairement cette étape à la fin de ce guide car j'ai pris pour habitude de choisir le titre des chansons que j'écris à la fin, quand il n'y a plus rien d'autre à faire. Pourquoi ? Tout simplement parce que plusieurs fois j'ai choisi un titre de départ et, à force de retravailler les paroles de la chanson, le titre initial ne me plaisait plus. Je trouve donc plus logique de le choisir à la fin.

C'est un peu comme quand on construit une maison. Choisir la couleur de la peinture des murs avant d'avoir coulé les fondations n'est pas forcément logique. Mais il est aussi tout à fait possible d'avoir un titre que l'on aime beaucoup au point de vouloir le garder. C'est arrivé pour ma part avec la chanson Les Sentiments malhabiles que j'ai écrite pour Petula Clark. Je n'en aurais changé pour rien au monde. À moins, bien sûr, que Petula Clark elle-même en fasse la demande. 

Bonus 1 : vaincre le syndrome de la page blanche

Le voici enfin, celui dont je vous parlais au début de ce guide et qui terrifie tous les paroliers, même les plus expérimentés. Voici donc quelques techniques pour le dépasser.

Tout d’abord, il faut bien avoir conscience que le syndrome de la page blanche ne vous arrivera pas systématiquement. Comme dans toutes les disciplines artistiques, il y a des jours avec et des jours sans. Si cela vous arrive, rien ne vous empêche de passer à autre chose en attendant que l’inspiration revienne, tout simplement. Très souvent, s’aérer les neurones, que cela soit en faisant du sport, en allant faire une balade ou, pourquoi pas, en cuisinant, permet de revenir à la planche de travail détendu, et l’inspiration réapparaît comme par magie.

Si jamais la page blanche vous laisse malgré cela encore sans inspiration, forcez-vous à écrire ne fût-ce qu’une seule ligne. Même si c’est de l’écriture automatique et que ce que vous écrivez ne veut absolument rien dire ! Le syndrome de la page blanche n’est rien d’autre qu’un blocage psycho-émotionnel. On se met la pression et les premiers mots n’arrivent pas à sortir. En écrivant n’importe quoi, vous court-circuiterez cette étape qui vous bloque.

Si rien ne sort malgré toutes vos tentatives, posez votre stylo ou fermez votre traitement de texte. Si vous n’arrivez pas à écrire une seule ligne, c’est peut-être que vous n’avez rien à dire pour le moment. 

Pour aller plus loin : 5 conseils pour vaincre le syndrome de la page blanche.

Conseils en vrac :

  • Partez d'un objet concret. Plutôt que de vous concentrer sur « l'amour » ou « la solitude », pensez à un objet précis comme une tasse oubliée sur une table qui évoque le départ. De cet objet peut naître l'émotion.
  • Imposez-vous des contraintes, elles sont très utiles et, paradoxalement, libèrent la créativité. Écrire une chanson d'amour sans utiliser le mot « amour » par exemple ou bien écrire tout un couplet avec une seule rime. Vous pouvez aussi vous imposer d'écrire en dix minutes chrono.
  • Essayez l'écriture automatique inventée par les surréalistes. Dix minutes sans lever le stylo, sans vous relire, écrivez ce qui vous passe par la tête, sans corriger, sans juger. Il en sortira beaucoup de déchets, des choses absurdes ou drôles, mais aussi quelques pépites que vous devrez alors identifier.
  • Changez de point de vue. Racontez la même histoire avec les yeux de l'autre personne. Comme l'histoire du cheval mentionnée plus haut. , d'un objet, ou de vous-même dans vingt ans.
  • Revenez aux fondamentaux : la méthode PASDRÉZO (Étape 1) et la matière brute (Étape 2).

Bonus 2 : les erreurs de débutant les plus fréquentes

  • Vouloir tout dire. Avec 250 à 300 mots, une chanson ne peut généralement aborder qu'une idée principale et un angle ou deux maximum. Si vous avez trop de matière brute, gardez-la pour un autre texte de chanson.
  • Forcer la rime. Choisir un mot parce qu'il rime et non pas parce qu'il est juste. Cela peut apporter de la confusion dans votre texte.
  • Accumuler les rimes trop faciles : « toujours / amour », « larmes / armes »… Elles ne sont pas interdites, mais il faut leur donner une vraie raison d'être là.
  • Des couplets copiés-collés. Un des pièges à éviter, c'est d'écrire des couplets qui ne sont que des variations du même thème, qui répètent le premier avec d'autres mots au lieu de faire avancer l'histoire.
  • Un refrain trop long. Si on ne peut pas le fredonner après deux écoutes, il faut probablement le simplifier.
  • Écrire pour l'œil et non pour l'oreille. C'est triste, mais c'est ainsi, une phrase qui est belle à lire n'est pas forcément facile à chanter. Lisez toujours votre texte à voix haute.
  • Rester dans l'abstrait. Trop de concepts, pas assez d'images concrètes peut rendre votre chanson impénétrable. 
  • Ne pas assez couper. Un vers qu'on aime mais qui n'apporte rien au texte est un vers de trop. N'ayez pas peur de couper, d'élaguer !

Bonus 3 : Foire Aux Questions (FAQ)

Faut-il écrire les paroles avant ou après la musique ?

Les deux mon capitaine ! Écrire sur une mélodie existante, même simplement fredonnée, aide à trouver le rythme. Écrire avant la musique laisse plus de liberté au parolier. Essayez les deux et voyez ce qui vous convient. La troisième option est d'écrire les paroles en même temps que vous composez la musique.

Combien de temps faut-il pour écrire une chanson ?

Cela peut aller de quelques minutes à plusieurs mois, voire plusieurs années. Dans la grande majorité des cas, comptez plusieurs séances de travail, et surtout de réécriture. Il faut laisser du temps entre les sessions de travail.

Est-ce que ça doit forcément rimer ?

Non, mais dans la chanson francophone, la rime reste la norme et l'oreille de l'auditeur l'attend plus ou moins. Une simple assonance (la répétition d'un même son de voyelle) peut aussi créer de la musicalité.

Dois-je utiliser l'IA pour écrire mes paroles ?

Aucune obligation évidemment. L'IA reste un outil utile pour chercher des rimes, des synonymes, des infos sur votre thème ou pour vérifier un nombre de syllabes. Mais pas pour trouver votre thème ni votre émotion. Comme je l'expliquais à l'Étape 1, l'IA n'est pas vous.

Je ne sais pas chanter. Puis-je quand même écrire des chansons ?

Bien sûr. Beaucoup de paroliers ne chantent pas. Lisez simplement votre texte à voix haute et faites-le tester par quelqu'un qui sait chanter.

Comment protéger mes paroles ?

Renseignez-vous auprès de la société de gestion des droits d'auteur de votre pays (SACEM en France, SABAM en Belgique, SUISA en Suisse, SOCAN au Canada). Vous pouvez aussi vous constituer une preuve d'antériorité, par exemple avec l'enveloppe Soleau de l'INPI en France.

Et maintenant ?

Prêt à vous lancer, à vous essayer au métier de parolier ? Envie de passer de la page blanche à un texte de chanson fini ?

Il y a deux façons de travailler avec moi, en visio, où que vous soyez.

Vous êtes débutant ? Je vous propose « MA PREMIÈRE CHANSON », un accompagnement personnalisé de 4 séances. Je vais vous aider à écrire votre premier texte de chanson, du choix du thème jusqu'au point final. Vous repartez avec un texte prêt à être chanté. 
Discutons-en dans une première session bilan gratuite de 30 minutes 👇.


Vous avez déjà des paroles, mais vous êtes bloqué ou aimeriez avoir un avis professionnel sur votre travail ?
La formule « FAIRE RELIRE SES PAROLES » est faite pour vous 👇.


Vous séchez sur un texte ? Vous avez le dyndrome de la page blanche ?

Voici mon guide gratuit, cela pourrait vous aider à surmonter vos blocages !