C'est LA question que l'on pose le plus souvent aux artistes en interview : « Quel est votre processus de création ? Vous commencez par la musique ou par les paroles ? »
C'est un peu la question de l'œuf et de la poule. Sauf qu'en chanson, toutes les réponses sont valables. Pour la volaille, je ne me prononcerai pas…
Voici donc les trois différents cas de figure que l'on trouve habituellement.
- Les paroles sont écrites AVANT la musique.
- Les paroles sont écrites APRÈS la musique.
- Les paroles sont écrites EN MÊME TEMPS que la musique.
Dans cet article, je vous parle du premier cas : écrire un texte qui sera mis en musique plus tard.
Vous séchez sur un texte ? Vous avez le dyndrome de la page blanche ?
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Avantage n°1 : une liberté totale, sur le fond comme sur la forme
Face à la page blanche, c'est vous qui posez les fondations.
Sur le fond, vous choisissez votre sujet. Vous pouvez prendre un grand classique (l'amour, la nostalgie, le temps qui passe) ou partir sur un thème plus original, encore peu exploré en chanson.
Sur la forme, aucune mélodie ne vous impose un nombre de syllabes. Vous pouvez écrire en alexandrins ou en octosyllabes, faire huit couplets de trois vers ou trois couplets de huit vers, répéter un refrain cinq fois ou l'alterner tous les deux couplets. Vous pouvez même vous passer complètement de refrain, comme Raphaël dans Et dans 150 ans.
Le plus grand avantage de commencer la chanson par le texte, c'est la liberté que vous allez avoir. Vous n'êtes en effet nullement contraint par la mélodie qui vous impose de respecter un nombre de pieds bien spécifique (correspondant aux notes de la mélodie).
Avantage n°2 : vous choisissez la tonalité du textes
Chaque texte a sa propre couleur : nostalgique, humoristique, engagée, tendre…
Commencer par les paroles vous laisse trouver la tonalité la plus juste pour ce que vous voulez exprimer, sans être influencé par l'ambiance d'une musique déjà écrite. Il arrive même que le texte vous surprenne. Vous partez sur une chanson nostalgique, puis vous découvrez que vos émotions passent mieux par de longues phrases et beaucoup de couplets… et vous voilà plus près du slam que de la ballade.
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Les pièges à éviter
L'angoisse de la page blanche
La liberté totale a un revers : sans mélodie, sans cadre et sans histoire en tête, certains paroliers se retrouvent paralysés. Si c'est votre cas, lisez mes (5 conseils pour vaincre le syndrome de la page blanche).
Un texte sans structure
Vous pourriez écrire une chanson de sept pages, mais elle ne passera jamais à la radio, où les chansons durent en général moins de quatre minutes.
Surtout, le compositeur qui recevra votre texte appréciera une **versification un minimum cohérente**. Dans une chanson pop, la même ligne mélodique revient d'un couplet à l'autre et d'un refrain à l'autre. Si le premier couplet a des vers de 8 syllabes et le deuxième des vers de 13, le compositeur aura beaucoup de mal à les poser sur la même mélodie.
Accepter de lâcher prise
Quand vous remettez votre texte au compositeur, la chanson vous échappe un peu. Il peut déplacer un mot, couper un vers, répéter une phrase. C'est normal, et c'est même souvent ce qui fait naître la magie.
Si vous voulez garder le contrôle total (mélodie, arrangement), la seule solution est de composer vous-même ou de travailler main dans la main avec un compositeur dès le départ.
Parolier pur ou auteur-compositeur ? Une question de rôle
Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel sont auteurs, compositeurs et interprètes : ils maîtrisent toute la chaîne de création. Céline Dion, à l'inverse, fait appel à des auteurs et à des compositeurs différents selon les chansons.
Aucune approche n'est meilleure que l'autre. La vraie question à vous poser est : quel est votre rôle ?
Êtes-vous parolier avant tout, ou avez-vous envie de composer, voire d'interpréter ? Pour aller plus loin, lisez (Parolier, compositeur, interprète : l'indissociable trio).
Anecdote : Dans le cadre de ma collaboration avec Lynda Lemay, le processus a été le suivant : je lui ai proposé un texte (La femme chauve-souris) et c'est à partir de ce texte, qu'elle a co-écrit ensuite, qu'est née la musique. Lynda a magnifiquement mis les paroles que nous avons écrit à quatre main en musique. Cette façon de faire m'a permis d'avoir carte blanche en ce qui concerne le piétage (le nombre de pied par vers) et le thème abordé (le vieillissement).
Mes 4 conseils pour écrire vos paroles avant la musique
Oubliez les contraintes au début.
Laissez venir les idées, les images et les phrases sans vous censurer. Vous trierez, couperez et structurerez ensuite.
Imprégnez-vous de l'artiste.
Si vous écrivez pour quelqu'un, étudiez son univers. Utilise-t-il un vocabulaire recherché ou des mots du quotidien ? Raconte-t-il des histoires personnelles ou des émotions universelles ? Un bon texte est d'abord un texte que l'artiste peut chanter comme s'il l'avait écrit.
Soyez original.
Fuyez les clichés : « amour » qui rime avec « toujours », par exemple. Vous pouvez traiter un thème mille fois chanté, à condition d'y apporter un regard neuf.
Restez souple.
Travaillez avec le compositeur, écoutez ses suggestions et acceptez d'ajuster votre texte. À moins que vous ne vouliez jouer les poètes intransigeants…
Et vous, par quoi commencez-vous ?
Paroles d'abord, musique d'abord, ou les deux en même temps ? Il n'y a pas de bonne réponse, seulement la vôtre.
Pour aller plus loin :
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