Je veux vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaîîîîîîîîître !
Allez, on monte dans notre très inconfortable DeLorean et on se gare en 1965, c’est l’année où sort La Bohème, de Charles Aznavour.
Un peu de contexte. En 1965 Charles Aznavour est déjà un nom qui compte dans la chanson française. Il a sorti Je m’voyais déjà (1961), Les Comédiens (1962), Hier encore (1964) et cette chanson géniale qui a décomplexé tous ceux qui étaient de gros nuls en anglais : For me formidable en 63.
Il faut savoir qu’à cette époque, le milieu des années 60, l’opérette est un genre très à la mode, l’opérette classique du 19e siècle à la Offenbach a évolué, s’est modernisée, et on est encore avant l’avalanche des comédies musicales qui arrivera à partir de 1998, l’année de Notre-Dame de Paris.
Revenons en 1965. À Paris, au Théâtre du Châtelet, on prépare l’opérette Monsieur Carnaval. C’est le célèbre écrivain suisse Frédéric Dard, le père de San Antonio qui signe le livret, Jacques Plante s’occupe quant à lui des paroles et Charles Aznavour des compositions musicales. Mais il y a un problème : il manque une chanson populaire pour évoquer le thème de la bohème.
Jacques Plante, à qui l’on doit Étoile des neiges de Line Renaud, l’adaptation de Santiano ou encore les paroles de For me formidable se met au boulot et livre les magnifiques paroles qu’on connaît. Eh oui, il y a des choses qui surprennent. Renaud a composé Mistral Gagnant à la guitare et les paroles de la chanson la plus emblématique d’Aznavour ne sont pas de lui !
Alors comme souvent, les plus grands succès sont écrits en très peu de temps. Pour La Bohême, tout commence quand Jacques Plante donne à Aznavour la célèbre phrase « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». Aznavour se met immédiatement au piano et compose la mélodie. Le parolier retourne chez lui et finit d’écrire le reste des paroles le soir même.
Et là, c’est le drame ! M. Charles, sous la pression de sa maison de disques Barclay, décide d'enregistrer sa propre version de la Bohème avant même que la chanson ne soit chantée dans le spectacle Monsieur Carnaval par la star de l’époque, un certain Georges Guétary.
Il s'ensuit une grosse querelle médiatique entre Aznavour/Barclay d’un côté et Guétary/Pathé-Marconi de l’autre. Mais l’histoire finit bien, car les deux versions de La Bohème, qui sortent pratiquement en même temps, cartonnent toutes les deux, on parle de plus de 200 000 ventes pour Aznavour en France. Guétary et Aznavour finissent même par se réconcilier grâce à Frédéric Dard. La neutralité suisse à mon avis a sûrement aidé.
Aujourd’hui, c’est impossible d’évoquer Charles Aznavour sans mentionner la Bohème, une chanson qu’il adorait, qu’il a reprise en anglais, allemand, italien, espagnol, portugais et qu’il a chantée jusqu'à son dernier concert toujours avec cette mise en scène très touchante de son mouchoir blanc qu’il laisse délicatement tomber à la fin de son interprétation.
Terminons avec une citation du maître datant de 2012. Il évoquait le concept de la bohème avec beaucoup de lucidité :
« Quand on avait un verre à boire et un morceau à manger, on était heureux. Aujourd’hui, on veut avoir l’argent pour se le payer. Je ne crois pas que la bohème existe aujourd’hui. »
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